Jean-Philippe, vous êtes sociologue, vous avez le projet de publier un ouvrage à propos...

Dernière mise à jour : avr. 23

Jean-Philippe, vous êtes sociologue (Université Pierre Mendes France à Grenoble) spécialisé dans l’enseignement et la recherche en sciences sociales (UCO Ecoles de Commerce ESSCA ESCEM, IFCI). Vous enseignez dans diverses écoles et universités, vous êtes notamment spécialisé dans le management de l’innovation et de l’organisation, mais vous dîtes que l’enseignement est une étape et vous avez désormais le projet de publier un ouvrage à propos des personnes « surdouées » et aussi un espace d’échanges, d’information, de formation réservé à leur accompagnement.


J’ai effectivement enseigné les sciences humaines et sociales, tant en formation initiale qu’en formation continue, dans différents établissements d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, « armé » de cette expérience et « outillé » des divers concepts rencontrés dans les disciplines qui forment les sciences humaines et sociales, je ressens le besoin de passer à autre chose. François Roustang dit que 40 ans c’est le bon moment pour entamer une nouvelle carrière. Et il est vrai que voilà environ dix ans que d’autres projets me trottent dans la tête.

Voulez vous dire que l’enseignement, tel qu’il se réalise aujourd’hui, n’est plus adapté à vos convictions d’enseignant ?

Je dirais que je me reconnais de moins en moins dans la direction que l’enseignement et la recherche ont pris. On pourrait développer mais ce n’est pas ici le lieu. Ainsi, l’envie de faire autre chose, autrement, s’est faite jour. A cette époque mes projets étaient encore vagues mais tous convergeaient vers cette idée : aider, sans trop savoir bien comment (ni trop pourquoi), mais aider les personnes ayant des profils atypiques. Cet intérêt était basé sur ma propre expérience. J’ai en effet fréquenté diverses organisations (essentiellement d’éducation et de formation : Grandes Ecoles, Université, cabinet de conseils) et ai à chaque fois expérimenté « douloureusement », le fait de penser et de faire différemment. D’où cette idée, fort donc de mon expertise et de mon expérience, de me mettre au service de ce qu’on appelle d’un terme générique, qui vaut ce qu’il vaut : la « différence ».

Vous mettre au service des personnes différentes ?

En fait de « différence », je pense aux personnes qu’on appelle indifféremment « surdoués », « précoces », « hauts potentiels » ou bien encore « zèbres », etc. étant personnellement « confronté » à ce « problème » ou cette question. En disant ici cela je m’aperçois que quasi tous les mots sont sujets à guillemets. Et qu’en cette matière quelque peu explosive on marche sans cesse sur des œufs, risquant à tout moment le faux-pas, puisqu’on a tendance à associer surdoué et suprêmement intelligent ce qui n’est pas le cas. Notons que cela peut être le cas si on corrige aussitôt : le surdoué est doté d’une manière de penser, qui peut être handicapante sinon un handicap.

Est-ce notre incapacité à savoir gérer nos « surdoués » qui est à l’origine de la dégradation de la qualité de notre vie, de notre organisation économique et sociale en France ?

Dire de la « dégradation de la qualité de notre vie » qu’elle serait le résultat de la façon dont la société traite les « surdoués », ça serait beaucoup dire. Car il faudrait d’abord montrer en quoi dégradation il y a. Il est vrai, comme il est dit en substance dans la Constitution suisse, qu’une société s’évalue à la manière dont elle traite les plus faibles et notamment les minorités. Assurément les « surdoués » sont minoritaires dans notre société où bien traiter les individus c’est les intégrer, leur trouver une place qui, si possible, leur convient. Mais on dit aussi proverbialement que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et l’intégration peut s’avérer être un piège. A supposer que cette intégration